Bamako accueille la Grande Commission mixte Mali-Algérie pour relancer le dialogue bilatéral

Les 9 et 10 septembre 2026, Bamako a accueilli la Grande Commission mixte de coopération entre le Mali et l'Algérie. Cette réunion marque un tournant dans la normalisation des relations après une crise diplomatique majeure, bien que des points de friction subsistent.
La capitale malienne, Bamako, a joué les hôtes les 9 et 10 septembre 2026 pour la tenue de la Grande Commission mixte de coopération entre le Mali et l'Algérie. Cet événement diplomatique de haut niveau constitue un jalon significatif dans la réconciliation entre les deux nations voisines, concrétisant un dégel amorcé durant l'été 2026 après une période de tensions intenses. La rencontre vise à restaurer la confiance mutuelle et à structurer un agenda commun axé sur la souveraineté, la sécurité transfrontalière et le développement économique.
Ce rapprochement est la conséquence directe d'une série de démarches engagées depuis plusieurs mois. Il fait suite au voyage de travail effectué le 24 août 2026 à Alger par le Premier ministre malien, le Général de division Abdoulaye Maïga. Lors de cette visite, le chef du gouvernement malien a été reçu par les plus hautes autorités algériennes. L'objectif était d'aplanir les divergences qui s'étaient accumulées depuis le début de l'année 2024, moment où le Mali avait dénoncé l'Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d'Alger de 2015. Cette décision avait provoqué une rupture diplomatique marquée par le rappel des ambassadeurs et la suspension des échanges bilatéraux.
Historiquement, les liens entre Bamako et Alger sont profonds, fondés sur une frontière commune de plus de 1300 kilomètres, une imbrication communautaire séculaire et une solidarité affichée depuis les luttes d'indépendance. La Grande Commission mixte, créée pour impulser des projets concrets, sert de cadre institutionnel aux accords bilatéraux dans des secteurs clés tels que l'énergie, les transports transsahariens, la formation professionnelle, le commerce et le renseignement sécuritaire. Les travaux de cette session devraient déboucher sur la signature de plusieurs conventions sectorielles, la relance des échanges commerciaux frontaliers et la formalisation de mécanismes de concertation permanente.
Au-delà du symbole politique, cette réunion répond à des impératifs géopolitiques urgents. Pour Bamako, il s'agit de consolider son intégration régionale tout en garantissant le respect strict de son intégrité territoriale. Pour Alger, la priorité est de préserver la stabilité de son flanc sud en collaborant directement avec le pouvoir souverain malien, sans intermédiaires. Ce recentrage diplomatique intervient dans un contexte régional en mutation, marqué par l'émergence de l'Alliance des États du Sahel (AES) et ses partenariats stratégiques, notamment avec la Russie, qui ont redéfini les équilibres d'influence dans la sous-région.
Le retour au dialogue repose sur une logique de realpolitik. Après près de deux ans de crise, dont les sommets ont été atteints lors des violents combats de Tinzawatène à la frontière algéro-malienne, les deux parties semblent avoir choisi le pragmatisme géographique. Le Mali insiste sur la primauté des solutions endogènes via le Dialogue inter-malien pour la paix et la réconciliation nationale, rejetant toute médiation externe perçue comme ingérente. La sanctuarisation de la frontière exige désormais une clarification totale : les entités armées luttant contre l'État malien ne bénéficient plus du statut ambigu d'acteurs politiques, contraignant Alger à revoir ses relais d'influence traditionnels.
Cependant, ce nouvel élan ne doit pas occulter les dossiers sensibles qui restent à traiter. La pérennité du dégel dépendra de la capacité des deux pays à apaiser les contentieux persistants. Le point le plus inflammable concerne la présence sur le sol algérien de figures rejetées par Bamako. La capitale algérienne abrite des cadres de factions séparatistes, perçus par les autorités maliennes comme des acteurs déstabilisateurs. Cette situation s'est complexifiée avec la structuration, depuis l'exil algérois, de la Coalition des Forces pour la République (CFR), co-initiée par l'imam Mahmoud Dicko.
La CFR défend une option politique fermement condamnée par Bamako, prônant un dialogue ouvert avec les groupes armés terroristes, dont le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), ainsi qu'avec les mouvements séparatistes du Nord. Pour le gouvernement malien, ces positions constituent une incitation à la division et une atteinte aux efforts de sécurisation du territoire. De leur côté, les autorités algériennes font face à un dilemme : elles doivent donner des garanties de neutralisation vis-à-vis de Bamako sans renoncer totalement à leurs leviers d'influence traditionnels dans la région. La réussite de cette commission mixte dépendra donc de la capacité des négociateurs à trouver un équilibre entre sécurité mutuelle, refus des zones de non-droit et respect des souverainetés nationales.
